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OBJECTIFS DE L’INITIATION AUX ECHECS EN MATERNELLE

mercredi 14 mars 2007, par Véronique HOUCK


J’initie mes élèves au jeu d’échecs depuis plus d’une décennie, consciente des bienfaits que ce jeu pouvait leur apporter. Mais avant de produire ce document je n’avais pas pris conscience à quel point il couvrait la quasi- totalité des programmes de l’école maternelle  [1].

L’initiation aux échecs trouve sa place dans les nouveaux programmes, c’est un facteur de réussite, un moyen de « revisiter le système éducatif ».

« Entre trois et cinq ans …. Les enfants manifestent une curiosité insatiable et le plaisir de s’engager dans des expériences neuves. Il faut pouvoir répondre de manière ordonnée à toutes ces attentes, satisfaire le désir d’apprendre de tous sans décevoir les uns ni décourager les autres »

Et là je peux affirmer que le jeu d’échecs attire les enfants et ce dès l’âge de 4/ 5 ans.
Dans le monde agité et perturbant pour certains, ce jeu les rassure : les règles sont fixes, il y a un cadre.
Chacun progresse à son rythme : on apprend à identifier les pièces, à les positionner, à les déplacer, puis à jouer …

« Le jeu est l’activité normale de l’enfant. Il conduit à une multiplicité d’expériences sensorielles, motrices, affectives, intellectuelles … Il permet l’exploration des milieux de vie, l’action dans ou sur le monde proche, l’imitation d’autrui, l’invention de gestes nouveaux, la communication dans toutes ses dimensions, verbales ou non verbales, le repli sur soi favorable à l’observation et à la réflexion, la découverte des richesses des univers imaginaires … »

Découvrir le monde

« C’est par l’usage de ses sens que l’enfant reconnaît les objets et les événements qu’il perçoit.
L’aider à mieux découvrir le monde, c’est donc enrichir et développer ses aptitudes sensorielles, lui permettre de s’en servir pour distinguer des réalités différentes, les classer ou les ordonner, les décrire grâce au langage. »

« En enrichissant les observations et en multipliant les comparaisons l’enseignant amène les enfants à mieux distinguer divers types de critères et à se livrer à des classements, des rangements.
Par des jeux variés on les conduit à élaborer des stratégies de dénomination ou de reconnaissance. »

Mathématique

Repérages dans l’espace

« l’enfant doit se repérer dans différents espaces, s’y déplacer avec ou sans contrainte, représenter des objets localisés, coder un déplacement, utiliser les marques spatiales du langage ….. Il organise l’univers dans lequel il évolue en distinguant ce qui est devant ou derrière lui …. Plus difficilement ce qui est à sa droite ou à sa gauche »

C’est évident que jouer aux échecs apporte sans conteste une amélioration de la vision de l’espace : l’enfant se repère sur le quadrillage, il repère les cases (c’est la transition sans problème à la dénomination d’abscisse et d’ordonnée).
Il utilise les notions de lignes, colonnes et de diagonales sans problème. Il appréhende sans difficulté la représentation des relations spatiales : en jouant il apprend à placer des pièces par rapport à un diagramme lors de la mise en place d’une position (passage de la 2D à la 3 D ).
On passe également du plan vertical au plan horizontal lors de l’utilisation de l’échiquier mural pour remettre une position sur un échiquier posé sur la table.
Une véritable gymnastique cérébrale au niveau de la structuration spatiale.

Ce qui correspond largement à la compétence requise

« savoir reproduire dans l’espace un ensemble limité d’objets en les manipulant ou en les représentant »

Il oriente ses pièces les unes par rapport aux autres et les déplace dans un univers fait de « devant- derrière- à droite -à gauche- en diagonale »

Découverte des formes et des grandeurs- Approche des quantités et des nombres

« Par des jeux variés on les conduit à élaborer des stratégies de dénomination ou de reconnaissance …. Ces jeux peuvent conduire à la différenciation et classification d’objets selon leur forme, en tenant compte des caractéristiques …. Comparaison d’objets selon leur taille, masse ou contenance. »

« A l’école maternelle, l’enfant peut être confronté à des problèmes portant sur des quantités. Pour des taches d’égalisation, de distribution, de partage, il fait appel à une estimation perceptive globale : plus ; moins, pareil …. »

Lorsque l’enfant commence à jouer, il a manipulé les pièces, il les a triées par couleur, par forme, par taille. Il a pris conscience de la valeur de chacune, de leur « hiérarchie » sur l’échiquier allant du pion à la Dame. Toutes ces notions sont donc abordées.

Langage

« Le langage oral qui accompagne l’action permet la mise en mots et l’objectivation de l’expérience. L’enseignant aide l’enfant à préciser son expression en engageant le dialogue et en multipliant les interactions »

Lors des parties jouées collectivement sur l’échiquier mural, chaque joueur est amené à expliquer son coup, à le justifier et parfois à émettre des hypothèses. C’est ainsi que les enfants apprennent à exprimer une idée, une démarche.
Il s’agit pour chacun d’apprendre à écouter les autres, savoir formuler, verbaliser, demander des explications, exposer son point de vue.

Sensibilité, imagination et création

« L’école maternelle encourage et développe les langages d’expression qui mobilisent le corps, le regard et le geste. L’enfant doit pouvoir chercher, inventer, transformer, exprimer, éprouver le plaisir de la création. »

L’enfant qui manipule les pièces d’échecs y prend du plaisir, que ce soit pour les déplacer sur l’échiquier lorsqu’il joue une partie ( il y a toujours un aspect esthétique qui se profile à tout moment de la partie) ou tout simplement pour réaliser des sculptures à l’aide de ces pièces : l’enfant est alors amené à réaliser une production en 2 ou 3 dimensions individuelle ou collective ( on lui laisse une quantité de boites de jeu afin qu’il puisse empiler, aligner, agglomérer autant de pièces qu’il désire)

Compétences transversales

« Les activités qui concourent à l’acquisition de compétences spécifiques à chacun des domaines permettent également de développer des compétences transversales : attitudes face aux apprentissages, méthodes. La curiosité et l’envie de connaître sont autant de comportements qui sont sans cesse encouragés. L’attention la patience, la concentration doivent régulièrement sous-tendre l’observation comme l’action. En s’habituant à mettre en jeu son activité de manière ordonnée (….réflexion sur l’action et son résultat, repérage des informations pertinentes, organisations des données, mémorisation des étapes de la séquence et des résultats obtenus.)L’enfant se dote d’une première méthodologie de l’apprentissage. »

On ne pouvait résumer mieux l’apport du jeu d’échecs : maîtrise de soi, apprentissage de la patience, mémoire, concentration, capacité à ordonner ses pensées en les confrontant à la logique, vivacité d’esprit et développement de la pensée stratégique (émission d’hypothèses puis synthèse avant de prendre une décision).

Vivre ensemble

Lors de l’initiation aux échecs, dès la mise en place du jeu les principales règles sont établies : respect des règles du jeu, de l’adversaire, maîtrise de soi, socialisation.
- On serre la main de l’adversaire on lui souhaitant « bonne partie » à chaque début de partie.
- On joue chacun son tour.
- On déplace correctement ses pièces, on respecte les contraintes du jeu.
- En cas de coup illégal on s’explique, ou on lève la main pour appeler le maître.
- On apprend à accepter la défaite, à contrôler ses réactions.
- On découvre le sens de l’effort pour persévérer dans l’apprentissage du jeu
- La partie terminée, on range le matériel.

COMPETENCES DEVANT ETRE ACQUISES EN FIN D’ECOLE MATERNELLE
Etre capable :
- jouer son rôle dans une activité en adoptant un comportement individuel qui tient compte des apports et des contraintes de la vie collective
- respecter les règles de la vie commune (respect de l’autre, du matériel, des règles de politesse ...) et appliquer dans son comportement vis-à-vis de ses camarades quelques principes de vie collective (l’écoute, l’entraide, l’initiative …)

Conclusion

Je n’ai rien inventé, tout ce qui est dans les « nouveaux programmes pour l’école maternelle » plaide en faveur de l’initiation aux échecs dès la maternelle.
C’est facile pour l’enseignant, ludique pour les enfants.

Il reste à souligner que l’initiation aux échecs ne rebute pas les enfants en difficultés scolaires, bien au contraire. Pour une fois lors de la mise en place de cette activité ils sont sur un pied d’égalité avec leurs camarades de classe, tous ignorent les modalités du jeu !!!

Cette activité menée à l’école maternelle, permet à l’enfant de se développer par le jeu, tout en maintenant un niveau d’exigence nécessaire à son développement tant sur le plan des apprentissages que sur le développement de l’autonomie et de la personnalité.

Notes

[1] Toutes les parties encadrées reprennent des extraits du livre « QU’APPREND-ON A L’ECOLE MATERNELLE » - CNDP

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